Grand Cul de Sac: «Inertie des pouvoirs publics»
Après les outrages infligés au quartier de Saline, l’association Saint-Barth Essentiel dénonce la poursuite de la défiguration du quartier de Grand Cul de Sac, de son étang et de son lagon, pointant en cela la responsabilité des pouvoirs publics qui ont fait preuve «d’inertie dans un dossier qui demandait une réponse musclée». Selon la présidente de l’association Hélène Bernier qui était déjà intervenue sur le sujet il y a un an, quasiment jour pour jour, «rien n’a été fait pour arrêter le massacre! ». Elle estime au contraire que les problème se sont aggravés: «l’eau qui stagne depuis plusieurs années dans le -futur ou ex- parking souterrain du Niilaaia est certes aujourd’hui pompée comme en atteste les photos, mais elle est aussitôt reversée directement dans le canal reliant l’étang à la mer ! Je vous laisse imaginer les conséquences de ce rejet dans le lagon!». Idem, le remblaiement de l’étang de Grand Cul de Sac que l’association avait dénoncé l’an passé n’a pas cessé : «malgré les mises en demeure, l’entreprise n’a pas stoppé de remblayer l’étang avec du matériel issus de l’activité de concassage pour laquelle nous pensons qu’elle n’a pas d’autorisation. Résultat : alors que la mangrove de Grand Cul de Sac abrite les derniers spécimens de certaines espèces indigènes, comme en atteste l’inventaire que nous en sommes en train de réaliser, l’environnement dans lequel ils se développent est en train de disparaître», reprend encore Hélène Bernier qui déplore la disparition progressive des étangs: «il y a encore 40 ans, il y avait onze étangs à St Barth : un à Grand Fond, un à Petit cul de sac, un à Grand Cul de Sac, un à Marigot, un à Flamand, un à Saline, un à Gustavia, un à Toiny et trois à St Jean. Comblés au fil du temps pour répondre aux besoins de développement de l’île, on n’en compte plus que cinq aujourd’hui: Grand Cul de Sac, Petit Cul de Sac, Toiny, Saline et Saint Jean. Leur rareté et le rôle essentiel qu’ils jouent tant dans la protection du littoral que dans la préservation de la faune aquatique devrait inciter à tout mettre en oeuvre pour préserver leur intégrité. Or que constate t’on? La plupart des accès à la mer ont été comblés ou sensiblement réduits, avec comme conséquence une eau insuffisamment oxygénée, entrainant la disparition de la faune et de la flore qu’abritent les étangs… Quand on y déverse pas les trop pleins de fosse septiques comme cela a été le cas durant plusieurs mois dans l’étang de Saint Jean, déjà bien fragilisé. Que font les autorités en charge ce faire cesser ça? Elles se limitent à sommer les contrevenants d’arrêter. A notre connaissance, il n’y aucune poursuite judiciaire en cours alors même que les délits sont avérés », reprend encore Hélène Bernier qui conclue l’entretien sur l’importance économique qu’il y a à préserver l’environnement : «il y a deux semaines, un spécialiste du tourisme insulaire invité par le comité du tourisme a rappelé à quel point la question environnementale était au coeur de la réflexion sur le développement des territoires insulaires. Cet expert apolitique, docteur en géographie et maître de conférences à l’UAG a expliqué que «pour maintenir la qualité de vie et l’attractivité de la destination, il était «indispensable de protéger la nature, sur terre et sur mer dans le cadre de structures établies». Nous avons une réserve marine, mais toujours rien pour protéger l’environnement terrestre, alors que les pressions se font de plus en plus importantes ».
L’eau accumulée dans les parties basses du chantier de construction du Niilaaia est certes pompée mais le tuyeau rejette cette eau polluée directement dans le canal menant à l’étang et au lagon.
Article paru dans le JSB 882
Grand Cul de sac : la zone!
Promotion immobilière plantée, concassage illégal et remblaiements sauvages. Grand Cul de Sac, zone de non-droit, attire aujourd’hui toutes les attentions. Enfin.
Ce devait être un complexe 5 étoiles luxe au nom enchanteur emprunté au Sanskrit «Niilaaia», «portant la couleur du bleu». Un ensemble constitué d’un hôtel de 51 chambres et deux villas de cinq chambres chacune qui aurait dû ouvrir ses portes en février 2010. «C’est aujourd’hui le plus grand scandale environnemental que notre île aura à affronter», selon le président Bruno Magras qui s’en est ému lors du conseil territorial du 31 mai. C’est que, débutés en juillet 2008 après de longs mois de démolition du Saint Barth Beach Hôtel, les travaux de ce luxueux complexe se sont interrompus il y a maintenant plusieurs mois, laissant un chantier à l’abandon où insalubrité et dépôts sauvages rivalisent avec pollution visuelle. Autant le dire : la partie Est de Grand Cul de Sac est aujourd’hui une balafre, une cicatrice géante dans le panorama de l’île par excellence. Ce que ne manquent d’ailleurs pas de relever nos visiteurs et notamment sur les forums Internet, où tous s’interrogent sur ce qui va désormais se passer.
Une question qui n’a pas de réponse... pour l’instant en tout cas. Le pétitionnaire, une société de circonstance Saint Barth Drep Invest Sas* représenté par Emmanuel Aïm, qui en août 2007 avait pourtant obtenu un permis de construire très généreux –8816 m2 de surface brute (SHOB) à comparer avec la superficie des parcelles se montant à 10 494 m2- s’est en effet volatilisé: «Nous n’avons pas eu de contact avec qui que ce soit depuis longtemps. Nous n’avons pas été prévenus de l’arrêt des travaux», déplore aujourd’hui Bruno Magras qui se défend d’avoir pu prendre des garanties sur l’achèvement du projet : «nous sommes en démocratie. La Collectivité n'a aucun pouvoir de contrôle sur le financement des opérations d'investissement». Cela est vrai et cette impossibilité fait d’ailleurs souvent le lit d’opérations immobilières hasardeuses auxquelles Saint Barth avait échappé jusque-là.
Reste qu’au moins un autre moyen existe pour mettre en demeure le promoteur de finir les travaux ou, à tout le moins, d’assumer ses responsabilités : menacer et le cas échéant, faire constater l’interruption du chantier depuis plus d’un an, entraînant ainsi l’annulation du permis...
Le président n’y est cependant pas favorable, qui, convaincu que mieux vaut un bon arrangement qu’un mauvais procès, ne cache pas préférer trouver un repreneur. «C’est la seule solution. Mais trouver un repreneur, cela veut aussi dire faire des compromis», nous a indiqué Bruno Magras qui nous a informé qu’il soumettrait prochainement au conseil territorial «une nouvelle proposition qui pourrait aider à régler le problème».
De quoi s’agit-il ? il faudra attendre une prochaine réunion de l’assemblée territoriale pour en connaître les détails. On peut toutefois supposer qu’elle mette en scène le groupe Cardinal (lire encadré), représentant des SCI propriétaires des étangs de Grand et Petit Cul de Sac, qui aurait été approché par le promoteur de l’opération, un fonds de pension luxembourgeois, pour la reprise du projet.
Le Groupe Cardinal, sauveur ? On voudrait y croire. Pour Hélène Bernier, rien n’est cependant moins sûr. La présidente de l’association Saint Barth Essentiel de défense et de préservation de l’environnement et du patrimoine saint barth, ne croit pas au miracle : «sans garantie aucune, on va donner plus de droit à construire à un promoteur pour finir ce qu’un autre promoteur n’a pas réussi à faire. Et si le nouveau promoteur se plante lui aussi, on trouvera un autre promoteur à qui on donnera des droits à construire à Salines par exemple pour faire une autre catastrophe naturelle. On peut continuer longtemps comme ça», s’insurge Hélène Bernier.
L’étang remblayé, l’autre scandale de Grand Cul de Sac
Cette opération immobilière plantée n’est pas le seul scandale de Grand Cul de Sac. Mais le second en découle indirectement. Il s’agit du comblement de l’étang de Grand Cul de Sac par les remblais concassés illégalement sur le site du chantier à l’abandon. «Les entreprises n’ont pas été payées et estiment de ce fait pouvoir squatter le chantier», regrette Bruno Magras. «L’une d’entre elles concasse et pousse les remblais dans l’étang», reprend le président qui a fait constater les dégâts par un constat d’huissier. «On estime à 300 m2 la zone de l’étang qui a été comblée», poursuit encore Bruno Magras qui a récemment adressé une mise en demeure à l’entrepreneur dans laquelle il demande une remise en état des lieux. Car même si la Collectivité n’est pas propriétaire des étangs (lire encadré), le code de l’Urbanisme prévoit que toute opération de remblaiement est soumise à une autorisation. Or, il n’en est trace nulle part. Un autre entrepreneur qui s’est livré à un remblaiement d’envergure à Toiny il y a quelques semaines a lui aussi été mis en demeure de remettre en l’état la propriété sous peine de poursuite judiciaire.
On ne peut que se féliciter de la volonté nouvelle de la Collectivité de régler le problème, même si l’on regrette qu’elle arrive bien tardivement, après l’intervention de l’association Saint Barth Essentiel qui a une nouvelle fois alerté les élus, photos à l’appui : «l’entreprise de concassage avait une autorisation, mais elle était limitée à la démolition du Saint Barth Beach Hotel. Or depuis, elle n’a jamais cessé cette activité», dénonce Hélène Bernier qui, à l’automne 2009, à l’invitation des riverains, avait déjà pu constater que l’étang avait commencé à être comblé : «je le vois. Tout le monde le voit. Comment les élus et les services de la Collectivité peuvent-ils passer à côté sans rien dire?» conclut cette passionnata au franc parlé .
Etangs contre droits à construire
On ne reparlera pas ici en détail de la bataille juridique qui a opposé pendant plus de 30 ans les actuels propriétaires des étangs de Grand et Petit Cul de Sac à la commune de Saint-Barthélemy et aux services de l'Etat (Domaines).
Nous irons à l’essentiel. A savoir qu’au terme de cette bataille, la propriété des étangs serait retournée aux SCI de Grand et Petit Cul de Sac et que les deux arrêtés portant protection du biotope qui pesaient sur ces parcelles en eau ainsi que sur des terrains limitrophes appartenant elles aussi aux SCI ont été annulé à deux reprises, sur fond de vice de forme.
Bien qu’ayant multiplié les projets, les propriétaires successifs des SCI n’ont jusque-là jamais réussi à obtenir un quelconque droit à construire ou à aménager. Pour certains élus dont l’actuel sénateur Michel Magras, c’en était même une question de principe.
Les choses pourraient néanmoins changer avec la volonté affichée du groupe Cardinal, représentant des SCI, de rétrocéder les étangs à la Collectivité, moyennant des droits à construire. La première proposition de ce groupe de promotion immobilière lyonnais avait connu une fin de non recevoir. Il faut dire que les prétentions étaient d’envergure. Le promoteur demandait en effet le déclassement de parcelles situées en zone naturelle pour y réaliser quatre villas de 500m2-600m2 de SHOB, moyennant quoi il s’engageait à donner à la Collectivité l’assiette de la route qui va de la route territoriale jusqu’à ses terrains, à aménager un parking public et à rétrocéder la propriété des deux étangs à la Collectivité qui devait, elle, construire une route de plus de 500 m linéaires pour desservir le secteur les parcelles où les villas devaient être construites.
Sous l’influence de la pétition de trois associations de protection de l’environnement qui demandaient à ce que les zones de Salines, Toiny et Grand Cul de Sac restent naturelles, les élus avaient reculé à déclasser les terrains à l’occasion du premier projet de carte d’urbanisme. Qu’en sera t’il demain si le groupe fait une proposition plus raisonnable et qui plus est, se propose de reprendre le projet planté?
* Saint Barth Drep Hotel Invests Sas a été créée en février 2007 pour un capital de 37 000 euros. Son siège social est situé rue du Colisée à Paris, mais l’entreprises est domiciliée au sein d’une société de domiciliation des Champs Elysées. Elle serait par ailleurs une entité d’une autre société luxembourgeoise spécialisée dans la finance et dénommée Duet Trust and Fiduciary Services SA, représentée par son président Henry Gabay.
1. 03/07/2010
Mais comment se fait il alors, pour un chantier abandonné, que hier (2/07/2010) encore des pelles mécaniques, des camions bennes oeuvrés sur cette zone.....?