J’ai eu le plaisir d’être invitée à Saint-Barthelémy par l’association Saint-Barth Essentiel, du 19 au 21 Août 2010, pour y tenir une conférence sur la biodiversité. J’ai été très intéressée par les problématiques soulevées par cette association sur leur environnement, ainsi que par l’originalité des méthodes qu’elle utilise pour la validation de ses actions. En effet, cette association sollicite des intervenants et des experts dans différents domaines de l’environnement. Son objectif est de disposer de données scientifiques récentes afin d’informer, de sensibiliser la population Saint-Barth sur la richesse de sa biodiversité et également sur la nécessité de la conserver et de la préserver. Un de ses objectifs majeurs est de mettre à la disposition de la collectivité, des rapports détaillés sur les différentes thématiques traitées. Ainsi, la collectivité disposerait d’éléments d’appréciation pour mettre en place des politiques adaptées aux problèmes environnementaux propres à l’île.
J’ai fortement apprécié cette intervention ; car étant biologiste de formation, je mène depuis de nombreuses années, certaines actions similaires pour la défense de la biodiversité insulaire. J’interviens dans des conférences et dans les médias (radios, télévisions locales, journaux). Par ailleurs, sur le plan professionnel, je m’investis dans des projets de recherches orientés sur la préservation de l’environnement. C’est le cas du projet de recherche que je porte sur «les méthodes alternatives de lutte contre la fourmi manioc en Guadeloupe».
Une conférence sur la biodiversité a eu lieu le 20 août 2010 à l’espace Méteo. . Ma spécialité de recherche étant l’entomologie « étude des insectes » 2 sorties terrain sur la faune entomologique ont été organisées. Je présente ici succinctement les thématiques qui ont été développées au cours de cette conférence. Un résumé détaillé sera disponible ultérieurement.
Les Nations Unis ont déclaré 2010 « Année Internationale de la biodiversité ». L’objectif étant de mobiliser la communauté internationale sur la richesse et la fragilité de la « diversité biologique » ou « biodiversité » afin d’arrêter les menaces qui s’accumulent (déforestation, pollutions, urbanisation à outrance, surexploitation de la pêche ……). Cette mobilisation internationale est l’occasion pour informer et sensibiliser sur le rôle crucial que joue la biodiversité dans les écosystèmes insulaires fragilisés. La biodiversité fait partie du patrimoine des régions insulaires car elle est au cœur de leur identité culturelle et de leurs atouts économiques.
Trois lignes directrices pour des actions locales ont été retenues :
- Préserver : ce qui implique de protéger et entretenir les milieux naturels de grandes valeurs (exemple des mangroves).
- Valoriser : par une remise en valeur à partir d’éléments paysagers et naturels existants ou à créer.
- Exploiter durablement : par la régénération des ressources de la diversité biologique grâce entre autre, au bon fonctionnement des écosystèmes.
Plusieurs thèmes ont été abordés. Dans une première partie, nous avons défini la biodiversité et résumé les actions menées sur le plan international et les solutions proposées pour sa sauvegarde. Nous avons insisté sur le fait que la préservation de la biodiversité est un élément clé de la protection de l’environnement, comme l’a souligné la conférence de Rio en 1992. Nous avons montré à l’aide d’exemples, que la biodiversité comprenait non seulement la faune et la flore mais aussi qu’on devait tenir compte de la vie dans les sols. En effet le sol est un écosystème particulier ; il abrite une grande diversité d’organismes vivants. Ces organismes sont de précieux révélateurs des perturbations de l'environnement (pollution chimique, état physique du sol, variations climatiques, modifications biologiques...) et renseignent ainsi sur l'état global du sol. Grâce en grande partie à sa biodiversité, le sol remplit de multiples fonctions indispensables (cycles biogéochimiques) ; il est également un réservoir de nutriments essentiels pour l’écosystème.
Dans une deuxième partie, nous avons montré à partir d’exemples, les champs d’actions possibles pour mettre en place des outils favorisant la connaissance de la biodiversité et la fonctionnement des écosystèmes (la recherche, les indicateurs..) . Ces outils doivent permettre aux décideurs politiques de faire les bons choix lors de la mise en place de plans de gestion de ressources naturelles et d’aménagement du territoire.
Dans une troisième partie, nous avons traité de la pollinisation, un des services écologiques assurés par la biodiversité. Nous avons plus particulièrement insisté sur l’importance de la pollinisation entomophile dans les écosystèmes et les agro-écosystèmes; ainsi que sur l’impact des activités humaines dans le déclin des espèces pollinisatrices (modification de l’utilisation des terres, destruction des sites de nidification et d’abris, pesticides).
La dernière partie, a été consacrée à une discussion libre, où chacun s’est exprimé sur la protection de la biodiversité à Saint Barthélémy. Que peut-on faire ? Tous étaient unanimes sur le fait qu’il était nécessaire de:
* sensibiliser et éduquer la population sur les enjeux de la protection de la nature (plaquettes d’information…..).
* protéger l’île de l’arrivée et de la prolifération des espèces exotiques envahissantes ainsi que du pillage des espèces endémiques protégés (liste rouge UICN) en instaurant un contrôle douanier avec des textes réglementaires.
* préserver les espèces endémiques
* préserver des écosystèmes comme les mangroves
* protéger certains habitats des dégradations et de les restaurer si possible, en prenant davantage en considération les spécificités écologiques propres à l’île. En effet, les sols sont rares, l’extension de la surface bâtie peut s’accompagner d’un recul des paysages et habitats semi- naturels ainsi que d’une réduction de la diversité du paysage végétal naturel avec comme conséquence des effets néfastes sur la qualité du paysage (morcellement).
*sélectionner des indicateurs pour suivre l’état de la biodiversité.
* mieux prendre en compte les savoirs et les pratiques traditionnelles pour les actions de restauration.
N .B L'Union internationale pour la conservation de la nature1 (sigle UICN, ou IUCN en anglais) est la principale ONG mondiale consacrée à la cause de la conservation de la Nature.
Sorties de terrain le 20 et 21 août 2010
Avec quelques membres de l’association Saint Barth-essentiel, nous avons fait 2 sorties de terrain. Je me suis intéressée plus particulièrement aux fourmis et aux termites. Il existe très peu de données sur cette faune et elles sont parcellaires. Une première sortie s’est déroulée le 19 août sur 2 sites : A Grand cul de sac et à Colombier. Une deuxième sortie a eu lieu e le 20 août, sur un site à Grand fonds-Morne Rouge.
A Grand cul de sac Le premier site prospecté, situé à l’étang du Grand cul de sac, a un sol sablonneux et une couverture végétale avec une grande majorité de plantes comme le manglier (Rhizofora mangle), la patate bord de mer (Ipomea pes-caprea, le mancenillier (Hypomane mancinella). Nous avons récolté surtout des fourmis ( Hyménopteres, Formicidae)
Dans le deuxième site, situé dans les hauteurs de Grand cul de sac nous n’avons récolté que quelques spécimens de fourmis et de papillons.
A Colombier Le site exploré se trouve dans la propriété de Monsieur Jean Magras. C’est un site ouvert, urbanisé avec quelques arbres fruitiers. Nous avons observé dans un manguier (Mangifera indica) et dans un quenettier (Melicoccus bijugatus) des nids arboricoles abritant des termites appelés termitières. Une termitière se trouvait sur les branches d’un manguier centenaire, à 3m du sol ; de ce nid partent de nombreux tunnels en carton qui sillonnent le manguier et qui arrivent soit au sol soit dans un nid secondaire de plus petite taille
Ces tunnels permettent aux termites de se déplacer à l’abri de la lumière pour atteindre leur source d’approvisionnement (collecte de la cellulose des arbres). Dans le quénettier, la termitière se trouve à l’intérieur du tronc ; en la creusant superficiellement, on trouve une structure grumeuse qui constitue la paroi externe du nid.
NB Nos remerciements à Monsieur Jean Magras, qui nous a donné l’accès à sa belle propriété avec beaucoup de gentillesse.
Grand Fond Morne Rouge Cette zone est située dans la partie centre-sud de l’île et est classée en ZNIEFF ( Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique ). C’est une zone boisée sur sol très rocailleux ( blocs et pierrailles), qui culmine à 274m. Le site examiné se situe à grand fond-Morne la croix ; il est facile d’accès en voiture et est localisé à environ 50m de la route. on y observe une végétation un peu touffue, avec des arbres divers comme le Mapou blanc (Cordia dentata), le poirier pays (Tabebuia heterophylla), ,le kenettier, le tamarinier ( Tamarindus indica) , et le cactus cierge (Cactus sp). Les termitières sont toutes localisées dans les mapous blancs, en général à la base de leur tronc ou au niveau de certaines racines visibles Les termitières en activité ont une teinte marron et un aspect grumuleux
Par endroits, on trouve les vestiges de termitières abandonnées reconnaissables à leur couleur noirâtre, leur aspect feuilleté et à l’absence de population
Ici la photo montre une termitière ouverte
On y observe une colonie très populeuse, près d’un millier d’individus. Les termites sont des insectes sociaux qui vivent en colonie. Une colonie est organisée en castes ; celles-ci se distinguent par leur morphologie et leur activité basée sur une division du travail. On distingue :
* la caste des ouvriers : collectent la nourriture (la cellulose du bois en particulier) et nourrissent par trophallaxie (régurgitation des aliments) les autres membres de la colonie. Ils entretiennent le nid et prennent soin du couvain.(jeunes ou larves, nymphes),
* la caste soldats : défendent la colonie
* la caste des sexués : avec la reine et le roi assurent la descendance.
Intérêt de l’étude des termites
Les termites représentent une partie de la biodiversité terrestre de l’île que l’on doit faire connaître. Dans les régions insulaires de l’Outre-mer, les termites sont souvent considérés comme un fléau. En effet, ils rencontrent des conditions optimales de développement et se propagent donc rapidement. Leurs capacités à dégrader le bois et les matériaux contenant de la cellulose en font des ennemis redoutables pour l’agriculture (arbres fruitiers), les bois ouvrés et les constructions en bois. En outre ils fragilisent le béton compromettant ainsi la résistance et la tenue des matériaux des ouvrages exposés à l’agression des ouragans et cyclones. Cependant, ils assurent le bon fonctionnement des écosystèmes et le maintien de la fertilité du sol. On les considère comme des ingénieurs de l’écosystème.
Visite de serres de l’hôtel le 19 août 2010
Nous avons visité 2 serres avec des cultures maraîchères dans des pots. Nous nous sommes entretenus avec le jardinier en chef sur les problèmes liés aux ravageurs présents sur la culture et les maladies qu’ils occasionnent (pucerons, aleurodes). Nous avons également discuté sur les possibilités de renforcer l’action des auxiliaires comme les coccinelles, les syrphes ou les parasitoïdes entomophages (microguêpes)
Docteur Leonide CELINI - UMR 7618 BIOEMCO Equipe IBIOS - UFR Sciences, Unversité Paris- Est Creteil Val de Marne (ex Paris 12) celini@u-pec.fr
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