Suite (2) des "Mains Magiques"

L'Hibiscus____________________ (suite 2, rédigé le 28/04/10)

 

Ma Brasilia m'emmenait chez ma mère qui possédait une fameuse collection d'hibiscus. Devant moi, venant de naître, se nourrissaient de rayons solaires nombre de fleurs toutes plus belles les unes que les autres, offrant leur élégance et leur beauté toute neuve à ceux qui prenaient le temps de les regarder. Leurs textures, leurs formes, leurs couleurs étaient un régal pour les yeux. Je cadrais, déplaçais les pots, cherchais le bon axe, mais n'arrivais pas à me concentrer. Au lieu de voir les hibiscus à travers l'objectif, je revoyais la dextérité des mains de Milla qui tressaient la paille... J'avais un mal fou à changer de sujet, ce personnage incarnant la tradition Saint-Barth pure et dure, véritable icône Corossolien, m'accaparait l'esprit...

Inventif et inquiet de nature, je scénarisais mentalement tout un tas d'excuses techniques pour ne pas prendre ces photos de fleurs pour lesquelles j'avais fait le déplacement, tant j'avais hâte d'emmener à développer la pellicule fujichrome à Gustavia... Mon appareil allait-il s'enrayer ? La lumière des nouvelles images allait-elle parasiter les images précédentes ? La pellicule allait-elle se froisser ! Le dos de mon boîtier allait-il s'ouvrir tout seul ? Laisserais-je tomber mon... Non, pas ça !

Je restais là, un moment, assis devant ces fleurs caraïbe uniques soignées par une passionnée, et peu à peu m'imprégnais de ce monde végétal admirable quand, cachée derrière nombre de plants, une tâche blanche mobile perçait à travers le vert intense des feuilles...

C'était mon jour de chance. Jamais je n'avais vu pareil design. Les pétals étaient très fin et cet hibiscus très fragile qui avait déjà heurté du feuillage alentours plus résistant que lui, me faisait comprendre que la moindre brise l'abîmerait rapidement. Or, il n'y avait qu'une fleur sur ce pied. Impossible d'attendre, il me fallait réagir sur l'instant. Je m'asseyais à même le sol et courbais le dos pour faire descendre mon axe de prise de vue à hauteur de la fleur qui me regardait droit dans l'oeil de visée.

Ce que je voyais à travers le 50mm 1,2L me ravissais, ce ne pouvait être aussi éclatant de luminosité et de piqué, pourvu que la fujichrome 50asa restitue les bonnes couleurs ! me disais-je 24 ans plus tôt sans savoir qu'un jour, je pourrais faire revivre cet instant particulier grâce à l'informatique...

 

Hibiscus de Corossol, Saint-Barth 1986

 

Récit et image : ©Marc-Eric Covini

Commentaires (1)

1. 18/08/2010

Première partie des "Mains magiques" ici :
http://www.stbarthessentiel.com/blog-4.html

Vous devez être connecté pour poster un commentaire

FacebookFacebook - DiggDigg - Yahoo BuzzYahoo Buzz - DeliciousDelicious - StumbleUponStumbleUpon