Corossol, Saint-Barth, 1986, j'arrive chez ma mère qui possède une fameuse collection d'hibiscus. Devant moi, venant de naître, se nourrissent de rayons solaires nombre de fleurs toutes plus belles les unes que les autres, offrant leur élégance et leur beauté toute neuve à ceux qui prennent le temps de les regarder. Leurs textures, leurs formes, leurs couleurs sont un régal pour les yeux. Je cadre, déplace les pots, cherche le bon axe, mais n'arrive pas à me concentrer. Au lieu de voir les hibiscus à travers l'objectif, je revois la dextérité des mains de Milla qui tressent la paille... J'ai un mal fou à changer de sujet, ce personnage incarnant la tradition Saint-Barth pure et dure, véritable icône Corossolien, m'accapare l'esprit...
Inventif et inquiet de nature, je scénarise mentalement tout un tas d'excuses techniques pour ne pas prendre ces photos de fleurs pour lesquelles j'ai fait le déplacement, tant j'ai hâte d'emmener à Gustavia la pellicule fujichrome à développer... Mon appareil va t-il s'enrayer ? La lumière des nouvelles images va t-elle parasiter les images précédentes ? La pellicule va se froisser ! Le dos de mon boîtier va s'ouvrir ! je vais laisser tomber mon... Non, pas ça !
Je restais là, un moment, assis devant ces fleurs caraïbe uniques soignées par une passionnée, et peu à peu m'imprégnais de ce monde végétal admirable quand, cachée derrière nombre de plants, une tâche blanche mobile perçait à travers le vert intense des feuilles...
C'était mon jour de chance. Jamais je n'avais vu pareil design. Les pétale étaient très fines et cet hibiscus très fragile qui avait déjà heurté du feuillage alentours plus résistant que lui, me faisait comprendre que la moindre brise l'abîmerait rapidement. Or, il n'y avait qu'une fleur sur ce pied ! Impossible d'attendre, il me fallait réagir sur l'instant. Je m'asseyais à même le sol et courbais le dos pour faire descendre mon axe de prise de vue à hauteur de la fleur qui me regardait droit dans l'œil de visée. Ce que je voyais à travers le 50mm 1,2L me ravissais, ce ne pouvait être aussi éclatant de luminosité et de piqué, pourvu que la fujichrome 50asa restitue les bonnes couleurs ! me disais-je 24 ans plus tôt sans savoir qu'un jour je pourrais faire revivre cet instant particulier grâce à l'informatique.
Marc-Eric__________à suivre...