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"St-Barth Essentiel"
Cette association a pour but la défense, la transmission, le développement des intérêts historique, culturels, environnementaux et patrimoniaux de l’île de Saint Barthélémy par le biais d’actions, d’organisation d’événements, de divers ateliers de formation et d’information.
Les personnes du conseil d’administration et du bureau
Melle BERNIER Hélène (Présidente)
Melle CAPELLE Sylvie (Vice Présidente)
Mme BALZAME Françoise (Secrétaire)
Melle BALAYN Sandra (Secrétaire adjointe)
Melle CHENOT Nathalie (Trésorière)
Melle SCHILTZ Christine (Trésorière adjointe)
Parce que dans notre patrimoine se niche la mémoire, le courage, l'intelligence et le coeur des hommes L'Association St-Barth Essentiel se veut de défendre ce qui fait la diversité, l'originalité et l'harmonie de St-Barthélemy.
C/O Bernier Helene Grand Cul de Sac BP 1032 ST BARTHELEMY 97012 CEDEX

Après avoir déplacé le pied d'hibiscus en pot dans une zone ensoleillée pour avoir la meilleure lumière possible, j'avais toujours du mal à ajuster la mise au point sur cette fleur à la texture soyeuse et aux éclatants dégradés de couleurs non répertoriés. Je bougeais trop. De surcroît,... je devais me tordre le cou pour acceder à l'oeilleton de visée. Je posais alors mon appareil sur le sol, et en trois enjambées je récupérais le trépied Manfrotto dans ma voiture et le positionnait au plus bas, la partie haute de ses bras pouvant descendre à hauteur d'une bouteille de Matouba.
Allongé sur le ventre, j'orientais en contre-plongée l'axe de prise de vue et bloquais la rotule pour stabiliser l'appareil avant le déclenchement de l'obturateur. J'y étais. Ce que je voyais dans le viseur m'émerveillait une fois encore. Les légers courants d'air tournants m'obligeraient à prendre une vitesse d'obturation au dessus du 60ème de seconde pour éviter le flou de bougé, mais me ferait perdre de la profondeur de champ... A moins que j'attende l'instant où la fleur se stabilise entre deux balancements ?
- Bouaye ! Sa k’té ki fé couché dan lé zerbe ? Pa m’dire k’té ki va dormi !
Je me faisais surprendre par mon ami Claude qui arrivait à pied de la maison de ses parents à Corossol. Nous travaillions ensembles comme électriciens. Mes jours de congés, je les consacrais à la photo et Claude depuis peu s'y intéressait fortement, au point de s'y impliquer plusieurs heures d'affilée.
- Je fais des assouplissements, j'ai l'intention de me réincarner en végétal, lui réponds-je.
- In bin accélère pace ke yé preske l’heure, sé pa l’moumen pou nou zote pren’ racine !
- Déjà lundi ? J'ai oublié mon marteau piqueur !
- Pa m’dire k’té pocore paré pou l’avion ?!
- Quel avion ??? m'étonne-je, jouant la comédie.
L'avion... La photo de pub. Mon premier contrat. J'y pensais jour et nuit depuis que Claude avait pris un pari avec un ex-pilote de chasse de la Windward faisant partie de ses connaissances. Il s'agissait de faire de la pub pour un certain Mathieu A. loueur de Mini-Moke et Gurgels à Saint-Jean.
Nous étions en compétition avec les photographes locaux qui avaient pour habitude de marier voitures et plage, résultat sans grand intérêt technique.
Claude affichait un sourire quatre étoiles, comme à son habitude. Ce gars avait une façon de réagir tout autre que la mienne. Il s'emportait rarement. Habile négociateur et blagueur permanent, je lui coupais l'herbe sous le pied alors qu'il s'apprêtait à me rappeler mon rendez-vous par une réplique sucrée-salée qu'il tenait de l'humour d'Emile, son père.
- Allons-y, disons que j'ai terminé pour aujourd'hui.
- Belle fleur, a l’oré été mieu su in tabouret...
- Tu veux jeter un oeil sur le cadrage avant que je replie le trépied ? Attend, je remplace le viseur par le vertical ! je lui propose, stupéfait une fois de plus par son bon sens.
- Au moins avec ce viseur, j’ai pas besoin d’faire de sport.
- Quelle idée aussi de sortir en Christian Dior, tu as aussi le parfum assorti ? bougonne-je.
Claude ne s'intéressait pas vraiment à la technique vitesse / ouverture / profondeur de champ en mode manuel, la base de la photographie pour exposer correctement une image, préférant le mode programme. Mais son sens pratique et ses réflexes d'organisation couplé à sa vision du cadrage qui lui était propre, faisait de notre association un duo redoutable. Je lui expliquais pourquoi la contre plongée et les divers réglages que j'utilisais pour avoir tel ou tel rendu. Il trouvait ça beau, il trouvait toujours tout beau...
Nous voici donc quelques minutes plus tard en contre-bas de la tourmente dans l'axe de la piste, ayant pris le soin de placer deux véhicules que nous sommes allés chercher dans le parking des voitures de location de l'aéroport. Légèrement en avance, nous scrutions ce ciel bleu qui n'existait qu'ici à Saint-Barth. Comme le disait Claude, sûr de lui; il devait bien y avoir des ciels bleus ailleurs, mais pas ce bleu-là. Phrase que j'ai fait mienne depuis.
– Tchinmi li ! é yé k’arive vite ! s'écrie Claude.
- Ok, je me mets en place, je cadre. Tu me dis quand, OK ?
- Té pa ki va t’mète dan l’mitan d’la route ?! Té malade !
- Impossible de faire autrement, arrête les voitures si tu veux que je fasse les saignées dans les murs lundi matin !
- Pou moin té fou !
Tout était allé très vite. Le son du Twin Otter se rapprochait dans mon dos, je restais l'oeil collé au viseur, mes bras tremblaient, le son se rapprochait à grande vitesse, il se faisait plus encore plus présent, devenant presque assourdissant. J'entendais Claude crier :
- VèYE A TOUééééé !
Ce qui n'était pas du tout ce que nous avions convenu, cependant, je posais mon index sur le déclencheur en continuant à cadrer les voitures en partie basse de l'image. Avec une vitesse de 6 images par seconde, et une pellicule de 36 poses, j'avais 6 secondes de prise de vue en rafale. Ce devrait être suffisant pour avoir l'image parfaite.
Avec deux ou trois secondes d'avance, j'écrasais mon doigt sur l'appareil. Le miroir se soulevait pour laisser entrer la lumière sur le film puis se refermait. Ca n'avait déclenché qu'une fois. Je n'avais rien vu dans le viseur ! J'avais dû oublier de placer le commutateur sur prise de vue en mode rafale, réglé pour faire de la fleur. Soudain, avec mon oeil gauche, je voyais Claude tout endimanché plonger à terre ! Mince, que ce passait-il ?!
Je décidais en une fraction de seconde de conserver ma position, maintenais fermement le boîtier et voyais apparaître le nez de l'avion sur la partie supérieure de mon cadrage. J'appuyais sur le déclencheur, une fois, deux fois, trois fois, quatre, puis cinq. L'avion était déjà loin, ses roues touchaient le sol bien avant les bandes blanches, j'avais fait deux pas en arrière pour ne pas tomber, déséquilibré par le souffle de l'aéronef.
Claude venait m'arracher à la route où s'étaient arrêté quelques voitures. J'étais groggy, presque blême. J'avais eu la peur de ma vie, tenant l'appareil des deux mains, collé à mon poitrail.
- Sacré ton’nère ! T’a vu ça ? s'écrie Claude.
- Non. Je n'ai rien vu. J'ai senti la chaleur des turbines.
- Lé roues a bien manké d’touché la capote d'la Moke !
- ...
- Vèye lé trace dé roue su la piste ! Chte foumbiyé k’na janmé yu plu cour k’sa !
En effet, elles étaient dix à quinze mètres plus proche que n'importe quelle autre trace de pneus. Je reprenais mes esprits peu à peu. Sur les cinq images prises, il devait y en avoir au moins une qui pourrait faire l'affaire. Mais je n'en étais pas sûr. La première était partielle, la seconde et la troisième, je n'avais rien vu. L'avion avait dépassé les voitures sur la quatrième et sur la cinquième, il se posait.
Quelle tuile cet oubli de réglage, tout s'était passé si vite ! A moins d'avoir un bol fou, j'étais passé à coté. J'atterrissais à mon tour revenant à la réalité, quand Claude, hilare, me demandait :
- Alors, t’a pri lé 36 zimages ?
Moi qui lui donnais moult conseils sur la préparation minutieuse du matériel pour un sujet précis, je venais de me ramasser en beauté. Il me faudrait plus que de la chance pour avoir saisi l'instant...
Récit et image : Marc-Eric, traduction patois : JLA